BIM DAY GVA

Coordination BIM et Maquette Incendie (AEAI) : Retour d'expérience de Betelec

Conférence animée par Franck Jurain, Serge Marion & Artur Monteiro

Article écrit par Audrey Meynlé

Temps de lecture : 5 minutes

Maquette BIM 3D d’un plan d’étage avec compartimentage incendie AEAI et coordination MEP

La révolution numérique a transformé le secteur de la construction, et la coordination BIM (Building Information Modeling) est devenue un pilier pour maîtriser la complexité des projets. Betelec, bureau d’études technique suisse spécialisé en électricité et en ingénierie, illustre comment la coordination BIM et la création de maquettes incendie AEAI peuvent optimiser les processus de conception et d’exécution, réduire les coûts et renforcer la sécurité.

Betelec : un acteur de la transformation numérique du bâtiment

Franck Jurain, directeur de l’agence de Genève, commence par présenter Betelec un bureau d’étude technique en électricité. L’entreprise comporte cinq agences : son siège dans le canton Vaud et des agences à Genève, Fribourg, Neuchâtel et en Valais.

Le bureau est actif sur des projets de bâtiments, d’industries et d’infrastructures. Ils réalisent des prestations d’ingénieurs en :

– Installations électriques (CFO/CFA, MT/BT)

– Automation du bâtiment (AdB)

– Technologies de l’information (IT/TCOM, data center)

– Sécurité et sureté (Securitech Expert)

– Energie et développement durable (Greentech Expert)

– Numérisation et modélisation du bâtiment (BIMtech Expert)

Betelec est passé d’Autocad au BIM en 2016 et a créé en 2021 un département BIM (BIMtech) qui réalise des missions d’AMO BIM, de BIM management et de coordination BIM.

Les défis de la coordination BIM dans des projets complexes

Des cas concrets : de l’hôtel de luxe aux quartiers urbains

Serge Marion, référent BIM depuis 2021, présente quelques références en coordination BIM du bureau Betelec :

L’ilot F du Quartier de l’Etang (82’000 m²) : la complexité de la coordination a été liée à la taille du projet qui est composé de 2 bâtiments avec chacun 5 sous-sols et 7 étages.

L’Ellipse (6’200 m²) : la complexité de la coordination a été due à la forme de ce bâtiment de bureaux.

Le 37 Quai Wilson (14’400 m²) : un hôtel 5 étoiles de 26 suites, un restaurant, une piscine et des spas. La complexité de la coordination a été d’intégrer les nouveaux éléments techniques dans ce bâtiment existant et classé.

LE rôle du coordinateur BIM

Serge Marion commence, tout d’abord, par rappeler le rôle du coordinateur BIM mandataire : représenter son entité, mettre à disposition un modèle de coordination et élaborer des rapports réguliers d’avancement. 

Le coordinateur BIM général quant à lui doit valider les différentes maquettes numériques selon le planning du projet, lister les taches liées à la coordination du modèle, s’assurer de leur bonne exécution, animer les séances de coordination et faire respecter le planning.

Serge Marion constate que coordinateur BIM est un nouveau métier et que la profession manque de personnel formé. Le niveau de maturité est souvent hétérogène entre les différents mandataires d’un projet. Le rôle de coordinateur reste peu précis, il est encore souvent tenu par le modeleur BIM. Celui-ci est davantage focalisé sur la production de maquettes et dispose de peu de temps pour la coordination BIM. 

Ces différents facteurs entrainent un manque de prises de positions lors des séances et des difficultés à trancher sur les solutions à mettre en œuvre pour résoudre les problèmes de coordination. De plus, peu de PV résultent de ces séances, le partage des solutions et de l’avancement de la coordination avec les ingénieurs et les chefs de projet est compliqué.

Pour Serge Marion le coordinateur BIM est un chef d’équipe, un capitaine qui sait analyser ces interlocuteurs et les accompagner pour arriver au résultat attendu c’est-à-dire le zéro conflit dans les maquettes numériques.

Lorsque Betelec réalise la coordination générale d’un projet, ils rédigent l’équivalent d’un BEP (BIM Exécution Plan) dédié à la coordination BIM et aux interfaces entre les différents lots. Ce document comprend un descriptif des processus de coordination, les rôles et les responsabilités de chacun, la méthode de production des plans de coordination et la gestion des interfaces entre les lots notamment pour les percements. Ce document permet à tous les acteurs du projet de comprendre les attentes et à Betelec de les accompagner au mieux pour réaliser une coordination de projet plus efficiente.

Le profil du coordinateur BIM idéal selon Betelec

Serge Marion brosse ensuite le portrait d’un coordinateur BIM « idéal », celui-ci doit être expérimenté, maitriser les processus BIM, être curieux, en constante veille technologique et enfin le plus important être un bon manager d’équipe. Il doit avoir une bonne maitrise des outils, être efficace quant à la prise de décision, pédagogue avec les équipes et respectueux des délais. 

Pour Serge Marion le coordinateur BIM est un chef d’équipe, un capitaine qui sait analyser ces interlocuteurs et les accompagner pour arriver au résultat attendu c’est-à-dire le zéro conflit dans les maquettes numériques.

Lorsque Betelec réalise la coordination générale d’un projet, ils rédigent l’équivalent d’un BEP (BIM Exécution Plan) dédié à la coordination BIM et aux interfaces entre les différents lots. 

Ce document comprend un descriptif des processus de coordination, les rôles et les responsabilités de chacun, la méthode de production des plans de coordination et la gestion des interfaces entre les lots notamment pour les percements. Ce document permet à tous les acteurs du projet de comprendre les attentes et à Betelec de les accompagner au mieux pour réaliser une coordination de projet plus efficiente.

Intégrer la protection incendie au cœur du BIM

Artur Monteiro est responsable du département Securitech et expert en protection incendie AEAI au sein de Betelec. Il présente l’utilisation du BIM pour la réalisation d’une maquette AEAI.

Dans un projet full BIM, l’architecte, la structure, les techniques CVSE produisent des maquettes numériques tandis que les éléments de protection incendie sont produits en 2D et ne s’intègrent pas dans le processus. 

Ce décalage dans les moyens de production entraine des évolutions de projets non maitrisés par la protection incendie et des problématiques de respect du concept de sécurité incendie identifiées trop tard. La quantité d’équipements de sécurité incendie est souvent surévaluée et péjore le budget de la construction.

Maquette BIM AEAI avec vues 3D des compartiments coupe-feu et voies d’évacuation, plans de protection incendie intégrés.

La solution : une maquette incendie AEAI intégrée

Pour pallier ces problématiques, Betelec réalise une maquette de protection incendie qui vient s’intégrer pleinement aux processus BIM. Cette maquette permet de suivre les évolutions architecturales du projet et de transmettre les informations de protection incendie à tous les mandataires.

Une méthodologie rigoureuse, phase par phase

Pendant les phases 31 à 33, le développement de projet en BIM pour la protection incendie permet tout d’abord d’être plus évolutif, de gérer les changements et de mieux maitriser toutes les contraintes liées au projet. Le BIM permet également de vérifier de manière automatique la concordance des maquettes techniques et du compartimentage coupe-feu à l’aide d’un checker de modèle. Pour finir, la maquette de protection incendie permet de produire les plans 2D aux standards AEAI pour les demandes d’autorisation de construire.

En phases 41 à 51, la maquette est mise à jour selon les remarques des documents officiels de protection incendie. Les éléments fournis par les fournisseurs et les installateurs sont vérifiés, validés puis intégrés dans la maquette numérique grâce à des paramètres AEAI dans les équipements à installer et des hyperliens vers des documents : homologations, modes d’emploi, fiches techniques etc. 

Le travail effectué en phases 41 à 51 permet, en phase 52, de vérifier sur chantier si les équipements installés correspondent aux caractéristiques définies et à leur position dans la maquette. Les éléments non conformes sont transmis sous forme de rapports de visites et de photos géoréférencées aux entreprises chargées d’effectuer les modifications. 

En phase 53, la maquette est mise à jour pour qu’elle corresponde au as-built et les documents du dossier AEAI à l’échelle du projet sont intégrés (attestation AEAI, protocole de réception, contrats d’entretien etc.) Les plans d’évacuation sont directement extraits de la maquette AEAI.

Betelec envisage d’utiliser par la suite ces maquettes pour les phases 61 à 63. Les éléments de protection incendie seront transférés dans la GMAO afin de mettre en place des alertes pour la maintenance des équipements incendie, d’y intégrer le carnet de contrôle du bâtiment et de constituer un ustensile de travail pour le chargé de sécurité, les propriétaires et les exploitants.

Maquette BIM AEAI intégrant CVSE, export IFC et détection de conflits pour optimiser la sécurité incendie et générer des plans d’évacuation.

Pourquoi cette approche change la donne ?

  • Réduction des coûts grâce à un dimensionnement précis des équipements incendie.
  • Anticipation des conflits et correction rapide via des maquettes interconnectées.
  • Gain de temps sur les autorisations et les phases de construction.
  • Valorisation du patrimoine en intégrant des outils de suivi et de maintenance post-livraison.

Conclusion : Le BIM comme levier de performance

L’expérience de Betelec montre que le BIM, lorsqu’il est appliqué à la coordination et à la protection incendie, dépasse largement la simple modélisation. Il devient un outil stratégique de gestion, d’optimisation budgétaire et de sécurité, tout en offrant une vision à long terme pour l’exploitation et la maintenance des bâtiments.

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