BIM DAY GVA

Quand le numérique révolutionne le patrimoine architectural

Conférence animée par Gaël Hamon

Article écrit par Audrey Meynlé

Temps de lecture : 7 minutes

Gaël Hamon, fondateur d'AGP, présentant l'évolution des méthodologies numériques appliquées au patrimoine architectural lors d'une conférence.

Depuis la fondation d’Art Graphique & Patrimoine (AGP) par Gaël Hamon en 1994, le secteur de la conservation du patrimoine architectural a connu une véritable métamorphose. Grâce à l’introduction précoce d’outils numériques innovants tels que la numérisation 3D, le BIM, la réalité augmentée ou encore l’intelligence artificielle, une nouvelle ère s’est ouverte pour la préservation, la documentation et la valorisation des monuments historiques.

Le numérique au service du patrimoine

De la pierre à la donnée : l’ambition fondatrice d’AGP

Gaël Hamon, tailleur de pierre passionné devenu pionnier de la numérisation du patrimoine, incarne cette mutation. À travers AGP, il a œuvré à intégrer les technologies de pointe dans des métiers séculaires, sans jamais renier leur essence artisanale. C’est en 2009 qu’il intègre la réalité augmentée à ses projets, suivi du BIM en 2011, et de la réalité virtuelle immersive en 2016. Un seul fil conducteur : utiliser la technologie comme levier au service des bâtisseurs d’hier et des restaurateurs d’aujourd’hui.

Sous sa direction, l’entreprise est devenue une référence mondiale, spécialisée dans la numérisation 3D et la représentation du patrimoine architectural, avec plus de 3 000 projets à son actif.

LA CONSERVATION DU PATRIMOINE

La conservation du patrimoine architectural est un enjeu crucial qui nécessite des solutions modernes et précises. Les avancées technologiques telles que la DAO, la CAO, la CFAO, le BIM, le laser scanning, l’IA et les drones transforment la manière dont nous mémorisons le patrimoine. Gaël Hamon possède une expertise et une expérience de 30 ans sur l’évolution des méthodes et des métiers pour la préservation du patrimoine.

L’intégration des technologies numériques dans la conservation du patrimoine a commencé au début des années 90, avec l’apparition des techniques de capteurs tridimensionnels : c’est un tournant décisif pour le secteur, la documentation des édifices y étant infiniment plus précise et détaillée que celle des relevés manuels. Gaël Hamon souligne l’importance du savoir-faire, le numérique est au service des métiers.

La conservation du patrimoine est un sujet essentiel car le patrimoine est en danger. Les monuments historiques subissent l’usure du temps, les catastrophes naturelles et l’urbanisation. Le numérique est mis au service de la préservation du patrimoine, les technologies avancées permettent d’analyser et de réparer plus efficacement notre patrimoine historique.

Gaël Hamon compare chaque ouvrage à un patient et comme dans le domaine médical, il s’agit de pouvoir documenter un maximum le dossier, d’historiser les interventions réalisées et de conserver toutes ces données pour de futurs besoins.

Au cours de sa carrière chez AGP, Gaël Hamon et ses équipes ont menés une veille technologique et de la R&D afin d’analyser les transformations technologiques, de mesurer leurs impacts sur la conservation du patrimoine et de les intégrer à leurs méthodes de travail.

Un scanner laser 3D devant une fenêtre à vitraux gothiques d’un monument historique, utilisé pour la numérisation du patrimoine architectural.
©TPLM3D

Chronologie d’une évolution méthodologique

Des dessins manuels à la numérisation 2D

Les techniques traditionnelles consistaient à effectuer des relevés architecturaux à la main avec des techniques maitrisées et éprouvées. Ces méthodes anciennes comportent certaines limitations : les dessins réalisés manuellement manquent de précision à grande échelle, sont difficiles à archiver et à partager. L’essor de la numérisation, l’arrivée de la DAO et de la photogrammétrie avec des scans 2D ont permis une meilleure exactitude et accessibilité des données.

Photogrammétrie, lasergrammétrie, 3D : le tournant numérique

Grâce aux progrès technologiques comme la photogrammétrie et la lasergrammétrie, nous sommes passés des relevés analogiques aux relevés numériques. Le savoir-faire est resté le même mais de nouveaux outils sont utilisés. Ils permettent d’acquérir des données d’une grande précision en un temps record. Ces données sont soit modélisées en 3D (modèle paramétrique ou non), soit transformée en base de données interopérables (BIM) ou utilisent l’intelligence artificielle (design génératif).

Avantages du numérique appliqué au patrimoine architectural

Une précision inégalée

Le premier avantage est la précision des relevés, les technologies numériques garantissent une documentation ultra-détaillée des ouvrages et réduisent les erreurs humaines. Partir de bons relevés et d’une bonne base de données pour l’ensemble des corps de métiers garantie une sérénité et un gain de temps et des économies conséquentes.

L’archivage et la conservation

Les modèles numériques permettent de préserver l’information pour les générations futures et de pouvoir reconstituer un ouvrage à l’identique en cas de destruction physique. Gaël Hamon souligne l’importance de l’archivage et de la pérennisation des données numériques. L’évolution des formats et des versions de logiciels impose une remise à niveau régulière pour qu’ils restent accessibles et utilisables dans le temps.

Représentation en nuage de points de la cathédrale Notre-Dame de Paris, issue d’un scan laser 3D utilisé pour sa restauration.
©TPLM3D
Modélisation 3D de la cathédrale Notre-Dame de Paris utilisée pour sa restauration post-incendie.
©Art Graphique & Patrimoine

Une réduction des coûts à long terme

La numérisation permet d’optimiser les interventions, de réaliser le projet avec un relevé fiable et d’éviter les erreurs.

Défis et enjeux

L’adoption des technologies numériques soulève des questions financières et juridiques. Les coûts élevés de l’archivage et de la conservation, la gestion juridique des données représentent des obstacles importants.

La fiabilité des modèles numériques dépend d’une bonne définition des besoins. L’utilisation d’une terminologie technique rigoureuse est nécessaire pour garantir la qualité des interprétations et des représentations.

Enfin, la numérisation du patrimoine nécessite une collaboration interdisciplinaire efficace. Les projets impliquent des architectes, des bureaux d’études et des ingénieurs, évoluant dans un cadre complexe ce qui exige un langage commun et une bonne coordination.

Vers un patrimoine augmenté : les perspectives

Technologies immersives

La réalité augmentée et la réalité virtuelle ouvrent des perspectives fascinantes pour les musées, les collectivités et les chercheurs. Elles permettent des visites interactives et une meilleure accessibilité à l’histoire des lieux.

Stand de démonstration de réalité virtuelle présentant une reconstitution numérique d’un théâtre patrimonial, avec casques VR et écrans de visualisation.
©Art Graphique & Patrimoine

Intelligence artificielle et maintenance préventive

L’utilisation de l’intelligence artificielle permet de détecter et de localiser automatiquement des dommages ou des dégradations sur les monuments. Gaël Hamon souligne que l’expertise humaine reste essentielle pour diagnostiquer les pathologies des bâtiments et proposer des solutions de restauration adaptées. Ainsi, la combinaison entre technologies avancées et savoir-faire humains est indispensable.

Enrichir la donnée par l’histoire

Les synergies entre technologies et sciences humaines permettent une intégration des savoirs historiques dans les outils numériques, ce qui enrichit l’analyse et la conservation de l’évolution culturelle et historique d’un bâtiment. En intégrant dans les maquettes numériques les archives, récits, restaurations passées, on construit une base de connaissance vivante, enrichie en continu.

Conclusion : entre tradition et innovation

Gaël Hamon conclu son intervention en soulignant que les technologies numériques représentent une évolution incontournable qui ne remplace pas les méthodes traditionnelles mais les enrichissent. Il mentionne qu’il y a un avenir à coconstruire, la collaboration entre les experts du patrimoine et les ingénieurs est essentielle pour garantir l’innovation dans ce secteur.

Enfin, il invite à la réflexion avec la question suivante : comment intégrer ces avancées technologiques tout en respectant des méthodes de travail qui pérenniseront ces outils numériques ?

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