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BIM DAY GVA

Le BIM à l'échelle communale : Utopie ou Réalité en Suisse Romande ?

Conférence animée par Jean-Bernard Boschung & Martino Giaquinto

Article écrit par Audrey Meynlé

Temps de lecture : 5 minutes

Le BIM est-il adapté aux projets d’infrastructures des petites communes suisses ? Réfection routière, gestion des eaux pluviales ou coordination des réseaux : les exemples présentés montrent son intérêt à l’échelle communale. Sa mise en œuvre repose toutefois sur une préparation adaptée, des données structurées et la formation des équipes.

Les deux conférenciers sur scène au BIM DAY GVA, devant une diapositive consacrée à la formation et à l’accompagnement BIM.

Martino Giaquinto est directeur de Mensch und Maschine Suisse Romande. Il conseille et forme sur des logiciels DAO, CAO et BIM depuis 40 ans. Mensch und Maschine Suisse compte 85 collaborateurs en Suisse dont 25 ingénieurs d’applications. Partenaires Autodesk Platinum, l’entreprise est également centre de formation et accompagne ses clients à travers des prestations de conseil en BIM management et en coordination BIM.

Jean-Bernard Boschung est spécialiste en BIM infrastructure et expert Civil 3D, il occupe un poste de chef de projet et de modeleur infrastructure chez RWB. Il a fondé Boschung Solutions pour développer des solutions en C#, .net8 et dynamo. Il est certifié buildingSMART et COBie. RWB groupe SA compte 280 collaborateurs, 16 sociétés et 18 sites en Suisse.

De la gestion des données à la prise de décision

Le BIM permet d’organiser l’information dans un modèle structuré, d’avoir une source de données unique, cohérente et de réduire les erreurs ainsi que les allers-retours. Il permet de produire mieux en garantissant des livrables générés proprement, des métrés fiables et une coordination maîtrisée entre les différents acteurs du projet. Enfin, le BIM permet de mieux comprendre et de mieux décider. Il rend le projet parfaitement lisible pour les clients qui se concentrent sur l’essentiel et font des choix plus rapides et plus sûrs.

Les mythes à déconstruire sur le BIM

Jean-Bernard Boschung précise que le BIM souffre encore de plusieurs idées reçues qu’il convient de déconstruire. Il est couramment pensé que le BIM est réservé aux projets d’envergure, qu’il est coûteux ou inutile pour des petites distances comme 300 mètres de route.

Contextes spécifiques : les défis des petites communes

Les petites communes en Suisse Romande présentent des défis uniques. Elles disposent souvent de peu de ressources et de budgets limités, voire pas de service technique dédié aux infrastructures. Les décisions sont prises par des syndics et municipaux qui ne sont pas toujours du métier. Dans ce contexte, la transparence est cruciale pour expliquer les projets à la population et aux élus qui votent les budgets. Le BIM, en offrant une visualisation claire et des informations détaillées, facilite cette communication.

Un contexte spécifique : les défis des petites communes et des bureaux d’études

Les petites communes disposent souvent de peu de ressources et de budgets limités, voire pas de service technique dédié aux infrastructures. Les décisions sont prises par des syndics et municipaux qui ne sont pas toujours du métier. Dans ce contexte, la transparence est cruciale pour expliquer les projets à la population et aux élus. Le BIM offre une visualisation claire, des informations détaillées ce qui facilite la communication.

Les bureaux d’études sont soumis à une forte exigence de précision, car même un petit projet demande une conception impeccable. Ils doivent gérer une coordination complexe liée aux réseaux existants, aux contraintes topographiques et à des interfaces multiples. Enfin, une pression constante sur les délais leur impose de produire vite et bien, le tout souvent avec des marges réduites.

Des exemples concrets d'application du BIM communal

Réfection routière et récolte des eaux pluviales

Cas de réfection routière en BIM, avec contraintes de niveaux et d’eaux pluviales, illustré par un modèle sur nuage de points.

Malgré sa courte durée, ce projet présente de nombreuses contraintes techniques. Il implique tout d’abord une réfection routière avec une gestion fine des niveaux et une reprise des eaux de pluie via un collecteur existant. Il comprend des raccordements sensibles à chaque accès privé. Une modélisation 3D complète a été réalisé en s’appuyant sur un nuage de points, civil 3D, ACC et Revit. Le modèle a permis l’obtention automatique de métrés fiables pour tous les éléments du projet (bordures, superstructure…) via les classifications eCCC-GC et CAN.

Mise en séparatif et ouvrages annexes dans un hameau

Deux vues d’un projet de mise en séparatif montrant les réseaux et un ouvrage annexe intégrés au nuage de points d’une rue.

Ce projet se caractérise par un périmètre compact et techniquement exigeant. Il nécessite d’abord une mise en séparatif avec la conservation des eaux mixtes existantes et la création de réseaux d’eaux usées et d’eaux claires neufs. Le remplacement de l’eau potable engendre quant à lui des clashs avec les réseaux existants. De plus, la présence d’ouvrages annexes comme des Molok et des murs béton impose de fortes contraintes de planning. Enfin, l’opération doit composer avec une topographie et un contexte local complexes. Face à l’ensemble de ces défis, le BIM sert à sécuriser chaque décision.

Le BIM externe et interne

Iceberg du BIM : livrables en surface, méthodes, organisation, processus et culture de travail sous l’eau.

Jean-Bernard Boschung présente la mise en œuvre du BIM sous forme d’iceberg où la partie visible ne représente qu’une partie du travail. En surface, le BIM externe englobe les normes, les référentiels, les exigences, les protocoles et conventions, les livrables et les outils comme Civil 3D, Revit et les CDE. La partie immergée de l’iceberg, le BIM interne révèle l’ensemble des fondations nécessaires à la réussite. On y retrouve les accélérateurs comme les plugins métiers, l’automatisation et Dynamo. Viennent ensuite les méthodes, basées sur la structuration de l’information, une modélisation orientée usages et une data exploitable et fiable. Au niveau de l’organisation, le déploiement repose sur le BIM interne au bureau d’étude, des standards et l’utilisation de templates. Plus en profondeur, les processus encadrent les workflows métiers, la gestion des quantités, des variantes en privilégiant des anticipations plutôt que des corrections. Enfin, tout en bas de l’iceberg se trouve la culture, qui doit se vouloir pragmatique, progressive, orientée terrain et alignée sur les moyens réels.

Principe : assurer l'efficacité par la préparation et la formation

Une préparation soignée et une mise en place adaptée au projet garantissent que tous les outils et éléments nécessaires sont installés et immédiatement opérationnels. Cette efficacité repose sur divers éléments liés au logiciel, des bases comme le QTO Manager, ainsi qu’un BDNS et des Property Sets structurés. Mais elle s’appuie également de manière indispensable sur de la formation. Cette approche rigoureuse permet d’obtenir un gain notable de qualité et de temps.

La personnalisation des logiciels AEC s’articule autour d’éléments techniques qui structurent l’ensemble du processus de travail. Elle comprend les templates et les PKT/MLT Files dédiés à l’encodage des éléments de profil type. Les Code Set Styles servent de base pour la production des livrables. Le Network Catalog comprend tous les composants des réseaux sous pression ou gravitaires. L’ensemble de ces éléments constitue un workflow de travail.

Quelques exemples :

Schéma d’un élément de profil type avec points et codes, accompagné de captures de son paramétrage.
Modèle 3D de canalisations et de vannes, accompagné d’un catalogue de composants de réseau.
Vue en plan d’un carrefour aux surfaces colorées, à côté du tableau de configuration des styles de codes.

La formation au cœur du succès

Jean-Bernard Boschung précise que la formation reste l’élément le plus important. Martino Giaquinto souligne que « Le BIM n’échoue pas par manque d’outils, mais par manque d’humain ». Mensch und Maschine propose une offre structurée comprenant des cours de base, des cours avancés et des modules spécifiques. Leur approche BIM ready repose sur deux piliers, la formation qui transmet un savoir et l’accompagnement qui installe un savoir-faire durable.

RWB Ingénieur complète ces formations externes par un système de formations internes. Des sessions hebdomadaires sont organisées où les collaborateurs partagent leurs compétences assurant ainsi une montée en puissance continue de toute l’équipe. Ces sessions sont enregistrées et mises à disposition pour les nouveaux arrivants.

RWB Ingénieur complète ces formations externes par un système d’auto-formation interne. Les « AEC coffe », devenus « AEC Apéro, échange et Civil 3D », sont des sessions hebdomadaires où les collaborateurs partagent leurs compétences et commandes spécifiques, assurant ainsi une montée en puissance continue de toute l’équipe. Ces sessions sont enregistrées et mises à disposition pour les nouveaux arrivants.

Les développements spécifiques

Pour optimiser encore davantage les processus, RWB Ingénieur a développé des applications personnalisées pour des besoins spécifiques :

  • Le BS Infra quote : un développement qui permet de gérer les prix de références en fonction du lieu, du fournisseur etc.
  • Le BS Pset Ribbon : une application qui interagit avec Excel et des bases de données externes pour pré-remplir les jeux de propriétés réduisant le temps chronophage de cette tâche
  • Dynamo : l’utilisation de Dynamo, un langage de programmation visuelle, avec la possibilité d’appeler du Python, permet de réaliser de nombreuses automatisations, notamment pour le remplissage des jeux de propriétés et la détection des manques d’informations

 

RWB utilise également l’intelligence artificielle par exemple pour :

  • La visualisation rapide de projets, ils génèrent des images photoréalistes simulant plusieurs variantes l’ajout d’un trottoir, de bordures etc. le long d’une route.
  • La simulation de travaux en vidéo pour montrer l’évolution des travaux (terrassement, avancement dans le village) et informer la population

En conclusion, Martino Giaquinto souligne que le facteur humain est essentiel pour la réussite de l’implémentation du BIM et des nouvelles technologies. Il est souvent sous-estimé, alors qu’il est primordial pour garantir l’adhésion et la montée en compétence des équipes.

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